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CHRISTIAN PAIX, LA VIE EN ROSE
Article de Mme Evelyn Hadgé, paru dans Métiers d'Art n°227 de mai/juin 2006
Mettre en scène des personnage peut faire rire ou pleurer. Christian Paix a fait le choix de déclencher le rire. Drôles voire comiques, ses scènes humoristiques colorent le quotidien d'une dose, non négligeable, de bonne humeur.
Lorsqu'il termine les Beaux-Arts, Christian n'a pas d'orientation précise. Parmi les différentes pratiques, l'atelier terre avait sa préférence, aussi se met-il à modeler. Des personnages, des baigneurs surtout, aux formes arrondies, en position statique ou allongée.
En 1983, première exposition au salon Ateliers d'Art de la
Porte de Versailles. Sa production fait tabac. Trois jours plus tard, le stand
est vide, dévalisé. Sur cette belle lancée commencent alors toute sorte
d'histoires de vie du quotidein, de mises en scène caricaturées. "C'est un peu
le théâtre", explique le metteur en scène.
LE TRAVAIL EN COULISSES
Après le succès de ce premier salon, Christian va
rapidement de l'avant et passe la vitesse supérieure. Si ses baigneurs tiennent
le haut du pavé, la taille est supérieure, les formes plus généreuses.
Progressivement aussi, différents corps de métiers occupent le devant de la
scène, le médecin, l'avocat, le dentiste, le sportif, le barman.
Christian aime s'amuser des situations qui font notre ordinaire. Son regard
aiguisé capte la vie au vol avec ses bizarreries et ses drôleries, puis
s'éclipse. Dans les coulisses de l'atelier, il s'immerge, imagine et construit
la scène, revêt la peau du personnage. Le metteur en scène se fait acteur.
Prenant lui-même les positions voulues, il observe, dessine, rectifie.
L'esquisse générale bien plantée, il modèle la terre, lui donne forme. Pour le
travail en volume, la terre encore fraîche peut être creusée, tirée, déformée.
Du hasard des reliefs, le modeleur saura tirer partie. A leur sortie du four,
personnages et autres accessoires attendent l'attribution des rôles.
Dans son atelier, Christian a toutes sortes de casquettes. Tout à la fois
céramiste, mouleur, menuisier, tôlier, peintre, décorateur, il fait tout
lui-même : modelage, cuisson, pose des couleurs, patine, décors et création
d'ustensiles. Véritable épicerie, ses tiroirs engrangent charcuteries, purée,
oranges, bananes, fioles de toutes sortes, sans parler des objets les plus
hétéroclites récupérées ici et là. Avec un sens et un souci du détail sans
pareil, chaque élément est étudié dans la plus grande précision. Pour la
reproduction de la célèbre moto Harley Davidson, Christian achète la presse
spécialisée et fait tout à la cote. Mise en couleur, travail de patine au bitume
de Judée, détails des finitions donnent à la matière des effets de rendus aussis
vrais que nature : peintures écaillées, tôle froissée, saucissons et jambons
passés au talc, entourés de ficelles, petites bouteilles en résine finement
recouvertes de poussière. Tous ces éléments soigneusement remisés restitueront
l'ambiance.
LA MISE EN SCENE
Christian aime l'opposition, évoquer le paraître et le
caché, ce qui est visible et ce qui ne l'est pas.
Dans "Le Bar" campent la ménagère à la forte corpulence de retour du marché, son
cabas à terre, d'où sortent toutes sortes de légumes. Juste à côté, le coude sur
le zinc, les copains en grande conversation avec Zézette et ses incontournables
couettes. Un peu plus loin, la grand-mère venue boire un café, l'adolescent tout
à sa partie de flipper. Une représentation du bar de campagne où tout le monde
passe et a ses habitudes. Juste en dessous, la cave et tout son bric à brac :
tonneaux et cagettes pleines de moisissures, vieille bicyclette, bouteilles
couvertes de poussière. Au-dessus de ce méli-mélo, suspendue aux vieilles
poutres, la charcuterie, à la fraîcheur douteuse.
A la "Banque", airs goguenards ou résignés, on fait queue au guichet, qui au
dépôt, qui au retrait ou encore au crédit. Dans le même temps, de drôles de
choses se déroulent en sous-sol. S'agirait-il d'un casse? Le dessous du dessus.
Une double lecture. "Ce qui est souterrain permet de travailler la matière, les
couleurs, la patine, le rendu".
Christian, qui se voit davantage comme un illustrateur, aime les scènes de
voyage qui racontent une histoire. "On peut imaginer d'où ils viennent, où ils
vont, combien de temps ils partent et même s'ils iront jusqu'au bout". A voir la
vieille Topolino et toutes ces têtes blondes, cheveux au vent, ne voulant rien
louper du paysage, remonte à la mémoire le souvenir de ces départs, combien
rocambolesques, vers de loitains lieux de vacances.
LEVER DE RIDEAU
Le salon Maison & Objet est le principal outil de travail
de Christian. Tout se joue à chacune des deux sessions de l'année. "Au fil des
ans, le marché s'est modifié, la clientèle a complètement changé. Il y a de
moins en moins de revendeurs en boutiques. Aujourd'hui je travaille beaucoup
plus à la commande personnelle. " Bien qu'il préfère garder sa liberté de créer
ses propres personnages, Christian travaille souvent d'après photos, à partir
d'anecdotes se rapportant au personnage dont il doit tenir compte. "On peut me
mettre sur la voie, mais trop en dire peut aussi bloquer."
Une clientèle fidélisée composée de professions libérales, de restaurateurs, de
décorateurs, d'agents de voyage en provenance de la Communauté européenne mais
aussi du Japon, des Etats-Unis, du Liban. Un travail à l'export qui peut
représenter jusqu'à 50 % de son chiffre d'affaires.
Si passant sur son stand, les personnages de Christian opèrent de leur charme
mais que vous ne trouviez pas leur interlocuteur, regardez alentour, vous le
reconnaîtrez, car pour sûr, il y a un air de ressemblance !